La prépa La Chance, pour plus de diversité dans les médias

Cette association a créé une prépa gratuite aux concours d’entrée des écoles de journalisme. Le but : donner les armes à des jeunes éloignés du milieu pour qu’ils réussissent dans le métier

Le constat est simple. Les rédactions sont désespérément blanches et essentiellement parisiennes. Le collectif Osons la Une l’a rappelé dans une tribune dans Télérama : « Le faible nombre de personnes racisées dans les rédactions nuit à notre mission d’information ». De son côté, l’association La Chance ne dit pas autre chose lorsqu’elle exhorte les rédactions à ouvrir leurs portes dans une tribune dans Ouest France. «Le journalisme prétend raconter le monde, mais ceux qui le pratiquent ne reflètent guère, en France, la diversité de la société. Pour la crédibilité et la légitimité de la profession, il y a urgence. » Elle est également co-signataire de la tribune parue dans Médiapart, « L’inclusion ou l’explosion », sur la nécessité de miser sur la jeunesse dans toute sa diversité pour sortir de la crise économique qui fait suite à la crise sanitaire.

Les étudiants de la prépa travaillent en petits groupes tous les samedis après-midis

Une prépa gratuite pour les boursiers

Et l’association sait de quoi elle parle, elle qui depuis 2007 essaye de donner toutes leurs chances à des jeunes éloignés du monde des médias mais qui souhaitent en faire leur métier. « L’association a été fondée par des anciens étudiants du CFJ, l’une des 14 écoles reconnues de la profession, qui se sont rendu compte du manque de diversité dans les rédactions qu’ils ont intégrées, explique Marie-Douce Albert, l’une des 350 journalistes bénévoles et secrétaire de l’association. Donc même si le concours devrait être un sésame pour être recruté, il ne suffit pas parce qu’il faut aussi avoir du réseau pour trouver son premier emploi ou placer des piges. Et ce n’est pas toujours enseigné dans les écoles. Donc l’idée est d’aider ces jeunes à pousser ces portes. »

Pour contourner les prépas payantes aux concours des écoles de journalisme, qui vont à l’encontre du principe méritocratique, l’association a créé une prépa gratuite, à destination des boursiers. « De novembre à juin, ils sont coachés tous les samedis après-midis à coup de questionnaires d’actualité et de culture générale, d’exercices journalistiques et d’oraux. Nous les faisons vraiment travailler, en nous basant sur les exigences des écoles.  » Chaque élève est tutoré par un journaliste bénévole, qui corrige les exercices, et un étudiant de la promotion précédente.

Faire marcher le réseau

Pour contrer le manque de contacts de ses étudiants, l’association met à leur disposition son réseau ainsi que des ateliers d’insertion professionnelle. « Notre but n’est pas de leur trouver un emploi. Juste de leur donner des clés et de leur faire bénéficier du carnet d’adresses des uns et des autres pour qu’ils sachent qui contacter. La page Facebook est également une mine d’offres d’emploi ou de stage. »

Le recrutement se fait parmi des jeunes issus de l’immigration, mais aussi porteurs d’un handicap ou originaires de banlieues ou de zones rurales. « Nous entendons la diversité au sens large, c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas représentés aujourd’hui dans les médias. C’est pour cela que nous avons créé 5 antennes en plus de Paris. Elles rayonnent au-delà des grandes métropoles. Certains élèves viennent de très loin.  »

Une admission via un oral

L’accent est mis sur l’oral, au-delà des résultats scolaires, pour juger de la personnalité des candidats. « Nous recherchons des personnalités et des parcours atypiques. Personnellement, j’aime imaginer le journaliste qu’ils pourraient devenir ».

Et les résultats sont là : sur les 570 étudiants passés par la prépa à ce jour, 76% sont devenus journalistes et des dizaines ont remporté des prix prestigieux. « Ils peuvent être fiers. Cette année particulièrement n’a pas été facile, entre les grèves puis le confinement. Nous avons su garantir la continuité de l’accompagnement. Les étudiants se sont accrochés et ont réussi. Je les trouve formidables, combatifs, créatifs et très impliqués ».

Le recrutement pour le session 2020/2021 a déjà démarré : les étudiants intéressés ont jusqu’au 26 septembre pour postuler.

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