Contre les dérives du volontourisme, une proposition de loi déposée à l’Assemblée

Afin de protéger les Français candidats au départ des arnaques mais aussi les populations locales, la députée LREM des Français de l’étranger Anne Genetet a déposé une proposition de loi pour lutter les dérives du volontourisme.

Installée en Asie depuis 2005, Anne Genetet est députée LREM de la 11e circonscription des Français établis hors de France (49 pays d’Asie, d’Océanie et d’Europe orientale) et porte-parole du groupe parlementaire LREM à l’Assemblée nationale. Son engagement autour du volontariat international vient de son expérience. « Depuis que j’habite en Asie, j’ai vu se créer de nombreuses ONG par des Occidentaux, relate Anne Genetet. Certaines font un travail remarquable et ont fait en sorte de former les locaux pour qu’ils puissent prendre le relais de leur action. D’autres sont plus douteuses. Par exemple, l’un de mes enfants a visité un orphelinat avec son école. Et ce qu’il a vu a soulevé beaucoup de questions quant à leur action. Mon autre fils s’est vu proposer d’être kiné au Népal pendant 15 jours moyennant finance, alors qu’il était en première année d’études supérieures. Ce qui me paraissait aberrant. »

La parlementaire a donc pu observer les effets du volontourisme. Ce néologisme formé des mots “volontariat” et “tourisme”, désigne un phénomène qui n’a cessé de se développer depuis les années 2000. Il est bien décrit dans le film The Volontourist, de Chloé Sanguinetti.

Anne Genetet, députée LREM de la 11e circonscription des Français de l’étranger

Un engouement pour le volontariat international

Chaque année, des milliers de Français et Françaises s’engagent dans des missions de volontariat afin d’apporter leur contribution à des actions de solidarité à l’international et de vivre une expérience transformatrice dans leur parcours aussi bien personnel que professionnel. Notamment des étudiants, à qui les établissements d’enseignement supérieur réclament une expérience à l’étranger pour valider un diplôme. La crise sanitaire n’ a pas ralenti la demande, au contraire. Les acteurs relèvent que le confinement a fait naître une volonté de s’engager et une quête de sens.

Il existe plusieurs dispositifs soutenus par l’État français (volontariat de solidarité internationale, service civique à l’international, programme Jeunesse, Solidarité Internationale, programme Ville, Vie, Vacances / Solidarité Internationale) ou initiés par des organismes internationaux (volontariat des Nations Unies, volontariat international de la Francophonie, programme de l’Union européenne Aid Volunteers, Corps Européen de Solidarité) et qui permettent d’offrir des opportunités de volontariat de qualité, respectant un cahier des charges strict.

Les conséquences néfastes du volontourisme

Mais certains volontaires partent en-dehors de ces programmes officiels. « Face à l’engouement pour ces expériences à l’international, et devant un nombre limité d’opportunités, des alternatives se développent, souligne Anne Genetet. Des organisations peu scrupuleuses n’hésitent pas à exploiter le filon dans une logique commerciale et proposent des séjours, en réalité touristiques et payants, dont le modèle économique repose sur les profits tirés du désir d’engagement des individus. Ce sont souvent des missions qui nécessitent de vraies compétences, comme enseigner l’anglais ou construire une école, et qui faute de concertation avec les autorités locales, entraînent plus de mal que de bien pour les populations.  »

Ces actions menées par des organismes tentant de faire passer des séjours touristiques pour des missions de volontariat peuvent en effet aboutir à des troubles psychologiques chez les enfants, la concurrence avec la main-d’œuvre locale, la destruction de l’économie locale, la folklorisation de la vie et de la culture locales ou encore l’exploitation d’une main-d’œuvre bon marché (notamment des jeunes en recherche d’emploi). Dans le pire des cas, ces pratiques peuvent mener à des trafics d’êtres humains, comme la création de faux orphelinats, notamment au Cambodge et au Népal, ou encore à la malnutrition et aux mauvais traitements de personnes vulnérables dans le cas de pratique d’actes médicaux par des personnes non qualifiées.

Une proposition de loi pour encadrer les pratiques

C’est pour encadrer le volontariat et lutter contre les dérives du volontourisme qu’Anne Genetet a déposé une proposition de loi à l’Assemblée, à la veille de la Journée international du volontariat du 5 décembre. Elle espère la voir débattue en commission au premier semestre 2021. Le texte, composé de 5 articles, poursuit plusieurs objectifs : protéger les personnes désireuses de s’engager, prévenir des pratiques dangereuses liées au volontourisme, notamment à l’encontre de personnes vulnérables. Cela passe notamment par l’obligation de fournir un casier judiciaire pour tout candidat à une mission en lien avec des enfants.

Enfin, le texte entend promouvoir un volontariat responsable et solidaire. Il consacre ainsi le rôle de France Volontaires, plateforme française des volontariats internationaux d’échange et de solidarité. Opérateur du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, elle réunit l’État, des collectivités territoriales et des associations autour d’une mission d’intérêt général : le développement et la promotion des engagements volontaires et solidaires à l’international. Elle est présente en France (hexagonale et Outre-mer) et dans 23 pays avec son réseau des Espaces Volontariats, en Afrique, en Amérique latine et aux Caraïbes, et en Asie. « Nous sommes souvent sollicités par les candidats au départ pour nous prononcer sur le sérieux des structures d’accueil, explique ainsi Lucie Morillon. Parfois, il n’y a pas de problème et d’autres fois nous connaissons effectivement la structure pour de mauvaises raisons. Pour aider les volontaires, nous insistons sur le fait qu’un projet de départ se prépare et se réfléchit. Nous conseillons donc de se poser 7 séries de questions (lire ci-contre) sur soi-même et ses motivations, la structure d’accueil, les missions, les conditions sur place… »

Sensibiliser les jeunes

La proposition de loi est le fruit d’un an de travail et de concertation avec 9 acteurs du secteur, dont France Volontaires, afin de s’assurer qu’elle réponde bien aux problématiques et réalités du terrain, et qu’elle soit en phase avec les pratiques des acteurs du volontariat international responsable. Elle est co-signée par 10 députés LREM. Sans attendre le débat en commission et en plénière, Anne Genetet entend communiquer sur sa proposition auprès des ministères des Affaires étrangères, de l’Enseignement supérieur et de l’Éducation nationale. « Il faut sensibiliser rapidement les jeunes pour qu’ils ne soient pas victimes d’une arnaque et déçus de leur expérience et ne se détournent définitivement de l’humanitaire. »

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