Eris, école de français pour une meilleure intégration des migrants

Cette association créée il y a 4 ans propose des cours de français mais aussi des activités socio-culturelles pour impliquer les réfugiés et demandeurs d’asile dans la vie de la cité et changer le regard de la société

En ce mardi matin, dans des locaux du village associatif de Lyon 3e, un petit groupe de migrants prennent des cours de français avec Tiphaine. Dans les bureaux, Coline est en ligne avec une association pendant que Pela appose des étiquettes sur les pots de confiture maison.

Nous sommes au sein de l’association Eris. Créée en décembre 2016, elle propose un programme d’apprentissage du français à des réfugiés et demandeurs d’asile. L’idée est venue à Bernadette Plas-Schwoerer alors qu’elle essayait de venir en aide à Mohamed, réfugié syrien. « Plusieurs migrants arrivaient régulièrement à Lyon mais il n’y avait rien pour les aider. Il existait l’association Singa à Paris mais rien à Lyon. Et la barrière de la langue ne facilitait pas les choses. Et moi je me sentais limitée pour l’enseigner. J’ai donc eu l’idée de créer une vraie école, avec un formateur spécifique. »

Apprenants et bénévoles travaillent de concert à Eris. / Photo Eris

Un restaurant tenu par les apprenants et les bénévoles

Le constat était simple. Les migrants ont tendance à rester avec les membres de leur communauté. Ils n’ont donc pas d’occasion de pratiquer le français et d’avoir des contacts avec des « locaux ». « L’objectif, au-delà du français, c’est de changer le regard de la société sur les migrants et l’immigration en provoquant la rencontre. Donc il y a un vrai côté militant.  »

Pour cela, les cours classiques sont couplés à des activités avec des bénévoles. Ainsi des cours de cuisine, gérés par Pela et Zaïa, où chacun apportent ses recettes et son savoir-faire. « Les plats préparés sont servis dans notre restaurant ouvert 3 fois par semaine aux apprenants, aux bénévoles et à des personnes extérieures à l’association. Ce sont des moments des partages importants. Et cela rapporte des ressources à l’association. » Eris propose également des ateliers socio-culturels comme les sorties au musée ou les visites de Lyon, ainsi qu’un programme de conférences.

La formation en français se déroule sur 3 mois environ à raison de 19h/semaine, et se base sur la méthode Gattegno. « Ils ont des matinées cuisine, écriture, lecture, expression, des ateliers à thèmes pour appliquer le vocabulaire vu en classe », explique Coline qui prépare les cours avec Tiphaine, suit l’assiduité des apprenants et les accompagne en cas de besoin dans leurs démarches. Sur la session septembre-décembre 2020, ils sont 22 apprenants. Avec le confinement, l’organisation a été quelque peu revue. Les apprenants se retrouvent en petit groupe pour un cours par semaine en intensif puis sont associés à un bénévole pour le suivi.

Ateliers et sorties culturelles sont au programme. / Photo Eris

Des profils différents mais des liens qui se créent

Les profils des apprenants sont très variés, avec différents niveaux de français. Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes… « Il y a des dynamiques de groupe qui se créent, avec des liens improbables qui se forment. C’est très intéressant à observer « , relève Coline. Ils viennent à l’association d’eux-même ou sont adressés par d’autres structures, comme les Restos du cœur, situé dans le village associatif, ou d’anciens apprenants.

Et les résultats sont là. « Les apprenants reprennent confiance en eux et se sentent à nouveau capables, se félicite Bernadette. Notre approche se concentre sur l’échange, l’horizontalité. Le bénévole n’est pas supérieur à l’apprenant. Il a autant apprendre qu’à transmettre. Mais ce qui était important, c’est d’accompagner des personnes pour qui il n’y a pas de dispositif pour les aider. Grâce à Eris, pendant que leur demande est étudiée – délai passé de 14 à 9 mois – ils sont intégrés à la vie de la cité et apprennent le français. Si la demande est refusée, ils partiront avec une bonne impression de la France qui ne les a pas abandonnés à leur sort. S’ils restent, ils seront prêts à commencer une formation ou chercher un emploi. »

Des difficultés de financement

Les cours de cuisine, un bon moyen de mettre en application les acquis du cours de français. / Photo Eris

Avec le restaurant fermé pour cause de Covid, l’association récupère les invendus de Récup et Gamelle pour en faire des conserves, sous le nom de Conserv’ERIS, et dégager d’autres revenus. « L’avantage d’une petite structure comme la nôtre, c’est qu’on a beaucoup de liberté, relève Pela. Mais on doit aussi faire preuve d’adaptation et de créativité. « 

L’association rencontre des difficultés de financement. Outre les bénévoles, elle reçoit le concours de jeunes en service civique. La commission Stratégie de l’association cherchent de nouvelles sources. Une campagne de crowdfunding a ainsi été lancée. Plus globalement, Eris souhaite également s’ouvrir à d’autres publics à insérer qui ont besoin d’appendre le français, en fonction des dispositifs et subventions qui existent.

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