Les étudiants, au bord de la rupture, veulent être entendus du gouvernement

Les organisations étudiantes appelaient à manifester jeudi 21 janvier pour protester contre la fermeture des universités, la précarité et la détresse psychologique grandissantes. Jules, militant Unef à Lyon, fait le point sur la situation et les revendications.

En novembre 2019, Anas Kournif, étudiant stéphanois, s’immolait par le feu devant le Crous de Lyon. En cause déjà, la précarité étudiante. Le malaise ne date donc pas d’aujourd’hui. Mais le Covid et la fermeture des universités n’a rien arrangé à la situation. Rien que sur ce mois de janvier, un étudiant en Master de Droit de l’Université de Lyon 3 s’est jeté du 4e étage de son appartement de la cité universitaire. Il est entre la vie et la mort. Quatre jour plus tard, une étudiante de la résidence universitaire Allix de Lyon 5e a tenté de se défenestrer et a été empêchée par ses camarades.

Pour les différentes organisations étudiantes, c’est le signe d’une détresse chez les étudiants et d’un sentiment profond d’abandon de la part des pouvoirs publics. Elles appelaient à manifester ce jeudi 21 janvier.

Les étudiants souffrent de l’isolement induit par les cours en distanciel, l’oeil rivé sur leur écran. Image par Orna Wachman de Pixabay

Décrochages scolaires

Car les problèmes s’accumulent depuis la début de la crise du Covid. Jules, 21 ans, en Master 1 de Droit à Lyon 3 et militant Unef, résume la situation. « Cela fait des mois que les universités sont fermées. Nous avons basculé en cours en distanciel. Mais ce n’est pas l’idéal. D’abord, parce que nous rencontrons parfois des problèmes techniques, qui créent des coupures du flux. Et c’est difficile d’interagir et poser des questions par exemple. Certains professeurs sont dépassés et sont carrément passés au cours en Pdf. Bref, nous observons beaucoup de décrochage, surtout chez les 1e et 2e années. Il est difficile de rester motivés. On a accepté la situation au début, vu le contexte, mais elle se dégrade. »

Les universités pouvaient accueillir les étudiants de première année particulièrement vulnérables par groupe de 10 depuis le 4 janvier. Puis en demi-groupe pour les TD à partir du 25 janvier. « Mais cela reste insuffisant. Nous demandons aussi la reprise des cours magistraux en demi-groupe. Or les universités ont déjà annoncé qu’elles maintiendraient le distanciel en CM jusqu’à la fin de l’année ».

Les organsiations étudiants demandent l’ouverture des universités et des bibliothèques, avec des cours magistraux en demi-groupe. Image par Nikolay Georgiev de Pixabay

Isolement et incertitudes sur l’avenir

Outre l’aspect purement académique, le manque de relations sociales pèse sur les esprits. « Nous vivons un grand isolement. Nous passons nos journées dans nos petits studios, devant nos écrans. Et à lorsque nous voudrions sortir et et nous détendre, les bars et cafés sont fermés. Avec le couvre-feu, c’est encore pire.  » Résultat, d’après une étude de Nightline, service d’écoute nocturne pour les étudiants, 22% des étudiants auraient des pensées suicidaires.

Le manque d’interaction sociales, couplé avec la fermeture des bars et cafés renforce l’isolement des étudiants . Image par Free-Photos de Pixabay

Tout ceci aboutit à un sentiment d’incertitude sur l’avenir et l’impression d’être une génération sacrifiée à cause du Covid. « Nous nous posons énormément de questions sur la valeur de notre diplôme sur le marché du travail. Les recruteurs sauront que nous sommes la génération Covid, avec des cours et des examens en distanciel. » Plus globalement, les étudiants ne se sentent pas écoutés par leur ministre. « Elle a reçu les organisations étudiantes mais elle n’a offert aucune réponse claire sur nos questions. Et en plus, on se sent infantilisés. » La ministre a en effet déclaré que le problème « ce n’est pas le cours dans l’amphithéâtre mais l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table ou un sandwich avec les copains à la cafétéria ». D’où la montée du hashtag etudiantsfantômes sur Twitter.

Précarité grandissante

Enfin, la précarité monte chez les étudiants. Privés de jobs, beaucoup ont désormais recours à l’aide alimentaire pour se nourir. « Cela montre la faiblesse du système. Beaucoup d’étudiants ne touchent aucune aide, mais ne peuvent pas non plus compter sur leurs parents. Nous savons qu’1 sur 2 dépend d’un job pour mener à bien ses études. » L’Unef défend depuis longtemps la mise en place d’un RSA jeune. « Ce serait complètement logique. Les années d’études sont celles où nous sommes le plus pauvre. On ne devrait pas avoir à travailler pour subvenir à nos besoins élémentaires. »

Toutes ces problématiques pèsent sur la santé mentale des étudiants. Or la médecine universitaire n’est pas au niveau. Au niveau national, on compte 1 psychologue pour 30000 étudiants . « Frédérique Vidal a annoncé le doublement de ce chiffre. Soit 1 psychologue pour 15 000 étudiants. Cela reste insuffisant. D’autant que nous devons avancer les frais. Nous demandons donc l’augmentation du nombre de psychologues, la mise en place de chèques santé ou la prise en charge des consultations psy. » Lyon Campus a fait la liste des différents dispositifs qui existent sur Lyon, qu’il est nécessaire de diffuser au plus grand nombre pour offrir écoute et soutien à ceux qui souffrent.

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