Réinsertion des militaires blessés : un partenariat gagnant gagnant entre l’armée et les entreprises

Le Medef Lyon-Rhône organisait ce jeudi 4 février une conférence-débat autour de la réinsertion professionnelle des militaires blessés. L’occasion de nous intéresser au travail des services du ministère des Armées et du partenariat en place avec le monde de l’entreprise.

Stéphane Imbert est un chef d’entreprise heureux. Sa société de prestations par drone, Skybirdsview, basée en Gironde, a très bien traversé la crise. Elle a réalisé un chiffre d’affaires d’un million d’euros en 2020 et rejoint le groupe Icare en avril. Mais sa plus grande satisfaction est ailleurs.

Car Stéphane est un ancien militaire. Pilote d’hélicoptère et d’avion dans l’armée de terre, il perd le contrôle de son appareil en 2011. Il a alors le temps de contempler la faucheuse dans les yeux avant de redresser. Plus de peur que de mal, semble-t-il. Mais en réalité, la blessure est invisible : le syndrome de stress post-traumatique va déliter son corps et son esprit jusqu’à un nouvel incident en 2014. « J’étais en opération au Mali. Et là sans prévenir, mon corps m’a littéralement lâché. On m’a dit alors que je ne serais plus pilote et plus militaire ».

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Que faire alors? En congé maladie longue durée, il découvre l’univers des drones grâce à un reportage et décide de se lancer. Il créé Skybirdsview en 2015. D’abord seul, Stéphane Imbert emploie aujourd’hui 6 personnes. Parmi elles, 2 et bientôt 3 anciens militaires. « Ils sont opérateur et instructeur. L’un était dans la marine, l’autre chasseur alpin. Et j’en suis très content. »

Un réseau de conseillers pour accompagner les militaires

Comme le souligne le chef d’entreprise, l’armée n’abandonne pas les siens. Et effet, le ministère a créé un réseau de 80 antennes en métropole et en outre-mer pour aider à la reconversion des militaires blessés et la transition des conjoints de militaires de toutes les armées. Défense mobilité a aujourd’hui 10 ans. Le réseau emploie 350 conseillers en transition professionnelle, dont 50 pour les blessés. Il se compose d’un centre de formation professionnelle animé par des militaires sur 50 métiers à Fontenay-le-Comte. Des accords sont également signés avec des centres de formation en région. Il s’appuie par ailleurs sur 7000 entreprises et des conventions avec de grands groupes.

« Nous travaillons en étroite collaboration avec tous les services du ministère, à la fois pour les opérationnels et le personnel de service. Nous gérons les congés maladie avec un accompagnement vers le retour à l’emploi, via le sport et différentes activités pour préparer le blessé à intégrer le milieu professionnel. »

Le Colonel Jean-Vincent est chef du bureau de l’accès à l’emploi en entreprises de Défense mobilité. « Depuis 4 ans, nous offrons de nouveaux services : travail sur les compétences professionnelles via une formation financée après élaboration d’un projet réaliste et stages gratuits en entreprise. »

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Des stages d’immersion en entreprise

C’est dans ce cadre de Stéphane Imbert a accueilli 106 anciens militaires au sein d’HINOV, structure parallèle à son entreprise. « Le but pour eux est de découvrir nos métiers et pour moi de les tester. » Pour lui, l’utilité de ce dispositif ne fait aucun doute. « Les militaires représentent un vivier de métiers et de compétences non négligeable. Ils ont des qualités humaines telles que la droiture, la loyauté, le sens de la mission, qui sont utiles dans une équipe. En face, certaines PME/TPE ont du mal à recruter sur certains postes. Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups? D’autant qu’il n’y a presque aucun risque pour l’entreprise : le stage est rémunéré par le Ministère. Et si le militaire ne convient pas, il n’y a aucune obligation. »

Par ailleurs, l’entreprise est accompagnée dans sa démarche et le militaire est toujours suivi psychologiquement par la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre. « Je sais que certains employeurs ont peur du SPT, mais il faut démythifier tout cela. Ce n’est pas comme dans les séries américaines où quelqu’un va craquer et tirer sur tout le monde sans prévenir. Ici, la personne sait qu’elle a un problème et elle est suivie. »

Il y a effectivement un travail de sensibilisation à mener auprès des employeurs, abonde Colonel Jean-Vincent. « Les managers doivent avoir une attitude bienveillante, sans tomber dans la stigmatisation. Ils doivent être dans l’écoute et l’observation, apprendre à connaître l’employé au-delà de sa blessure pour éventuellement lire ses réactions émotionnelles. » Un management qui pourrait s’appliquer à tous les salariés, selon Stéphane Imbert. « Tout le monde gagnerait à ce qu’on mette en place un management plus humain. Car on peut tous avoir une mauvaise passe et avoir besoin de soutien psychologique. »

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Un partenariat avec le Medef

C’est le message que veut faire passer le dirigeant lors de la conférence-débat organisée à Lyon par le Medef Lyon-Rhône. Comme il l’a fait lors d’autres rendez-vous à travers la France. L’organisation patronale et le ministère des Armées ont en effet mis en place un comité de coordination des initiatives locales. Des rencontres ont déjà eu lieu à Paris, Metz et Bordeaux.

« Le partenariat entre le Medef Lyon-Rhône et le gouverneur militaire de Lyon nous permet de travailler sur différentes questions comme les marchés de la Défense, les réservistes, l’accès au marché de la reconstruction de pays théâtres d’opération, détaille Bruno Verney, directeur des services aux adhérents. Et donc le reconversion des militaires. Notre but est de montrer lors de cette discussion qu’engager des militaires blessés est une situation gagnant/gagnant. Cela peut par ailleurs entrer dans le cadre de la politique RSE de l’entreprise. Pour nous, organisation patronale, cela fait partie de nos dispositifs à destination des publics éloignés de l’emploi comme les chômeurs de longue durée, les personnes sans qualification ou en situation de handicap. »

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Le Colonel Berte alerte cependant sur le caractère long du processus. « Il n’est pas aisé de rapprocher la demande et l’offre. Certains employeurs peuvent être frustrés car on ne dispose pas de militaires à placer à l’instant T. Ils doivent donc être patients. »

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